Qui suis-je ?

Je ne suis qu’un être de passage, un anonyme. Je n’ai pas une parole d’autorité / de référence sur quoi que ce soit.

Je suis homme CIS, blanc, hétéro, quinqua et une formation d’ingénieur ; autant vous dire que je collectionne les privilèges. J’ai exercé cette profession pendant 13 ans, dont onze dans le domaine de la sécurité informatique, au service d’une société Israélienne bien connue dans le domaine. J’avais un job « de rêve », à l’international, très bien rémunéré, qui faisait ma fierté et celle de mon entourage. Je travaillais beaucoup, beaucoup, passionné par ce que je faisais, les gens que je rencontrais, les défis à relever. De temps en temps, je faisais des stages de « développement personnel », de tous ordres.

Un matin, dans une chambre d’hôtel à Helsinki, je me suis réveillé avec une question obsédante, qui ne me lâchait pas. Cette question était : « Si je meurs ici et maintenant, dans cette chambre d’hôtel, est-ce que je suis content du temps que j’ai passé sur Terre ?« . J’avais beau essayer de faire sortir cette question de ma tête, rien n’y faisait. A tel point que je me suis assis pour laisser venir. La réponse fut immédiate et fulgurante. C’était non. Un gros « non », bien clair, de l’ordre de l’évidence, limite violent. Ce jour là, j’ai pris une décision, pas vraiment consciemment. Plusieurs mois après, j’ai quitté mon job, et la vie m’a botté les fesses en me disant clairement que je n’avais pas que mon job à changer. Je me suis retrouvé face à une page blanche, et tout à écrire. Un des plus beaux cadeaux de ma vie. Alors j’ai commencé à écrire la liste de mes rêves – vous savez, toutes ces choses qu’on a vraiment envie de faire et qu’on repousse, avec des « je le ferai plus tard », « c’est pas vraiment le moment », « ça sera plus adapté quand » etc. C’était en 2010.

Et j’ai déroulé cette première liste. GR20 en Corse, chemin de Compostelle, passer du temps dans un monastère bouddhiste, Schumacher College, etc. Et un tas de stages, séminaires et formations qui m’intéressaient depuis longtemps : Communication Non Violente, Cercles Restauratifs, chamanisme, sociocratie, gouvernance partagée et intelligence collective, etc. Le dernier point de cette liste était d’autoconstruire notre maison, qui a été terminée en 2015. Au passage, je me permets d’ajouter une remarque de Satish Kumar, partagée lors d’une rencontre en Roumanie : « Si tu écris ta liste des rêves, écris-là au crayon de papier. La Vie a ses propres rêves pour toi, et il faut lui laisser cette place ».

Depuis, je me suis engagé dans des projets locaux qui avaient du sens pour moi : AMAPP, administration d’une crèche associative, co-création d’une école démocratique, co-création d’une association de transitions, réalisation de quelques vidéos de personnes qui m’inspirent, etc. Mes revenus ont été divisés par 10, et mon bien-être changé d’échelle.

Et puis début 2018, je « tombe par hasard » sur le bouquin de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, « Comment tout peut s’effondrer ». Je suis sous le choc : toutes les pièces de puzzle que j’avais collectées depuis des années sans le savoir se mettent à leur place, se connectent, et me donnent une image très claire et brutale. Je déprime pendant 4 mois ; 4 mois difficiles, vraiment difficiles. L’antidote est venu vers moi sous la forme d’un stage de « Travail qui relie » organisé par une association Belge. Reconnexion au vivant & à nous-même, expression de notre peine pour le monde, mise en action.

Depuis, beaucoup d’événements se sont produits. En plus des effondrements décrits dans le livre mentionné ci-dessus et qui sont à l’œuvre depuis des années, il s’en produit d’autres, sous nos yeux : COVID, altération de nos démocraties, terrorisme, islamophobie, montée des extrêmes, délitement social, drames migratoires, etc.

Et en parallèle un nouveau monde continue de se construire, partout, silencieusement. Les consciences s’éveillent, les expériences se multiplient, les réseaux se créent. Des imaginaires se tournent vers un futur souhaitable et en font l’expérience. Alors que faire ? Une fois encore, Satish m’inspire ; lors d’une conférence au Grand Rex en 2018, à la question « Face à toutes les urgences auxquelles nous avons à faire face, comment faire ? », il avait répondu : « Face à une urgence, le pire ennemi est la précipitation : si le feu prend, ici, dans cette salle avec 2500 personnes, et que tout le monde se précipite, alors il y aura plus de morts à cause de la panique que par le feu lui-même. Non ; face à l’urgence, la meilleure réaction est de prendre le temps de l’action juste.«