Anthropocène ?

Ce terme a d’abord été utilisé pour désigner une éventuelle nouvelle ère géologique qui serait « l’ère de l’être humain », succédant ainsi à l’Holocène ; cette proposition est encore en discussion auprès de différents groupes de scientifiques pour décider si c’est vraiment une nouvelle ère géologique (ce qui n’est pas rien) ou pas.

Depuis quelques années, ce terme est de plus en plus utilisé pour désigner les effets néfastes de l’activité humaine, dans leur globalité, sans forcément entrer dans les détails géologiques. Il devient même un raccourci pour parler des différentes crises que nous traversons (climatique, biodiversité, eau, mais aussi sociétale, politique, alimentaire, etc.), avec un arrière-goût d’effondrements possibles voire déjà amorcés pour de nombreux sujets.

Il y a quelques semaines, je suis tombé sur ce magnifique livre de Sabah Rahmani : Paroles des peuples racines. J’y apprends que ces peuples racines (premiers, autochtones) représentent 370 millions de personnes sur Terre, répartis en plus de 5000 tribus dans plus de 90 pays. Oui, vous avez bien lu : il s’agit de presque 5% de la population mondiale, selon l’ONU (au sein même de l’ONU, certains rapports annoncent 476 millions d’individus autochtones, soit plus de 6% de la population mondiale). Ces peuples vivent en harmonie avec leur environnement, qui est sacré pour eux. Mieux que ça : ils sont les gardiens de la biodiversité sur Terre – ils abritent 80% de la biodiversité de la planète.

Ces peuples sont en voie de disparition, eux aussi, victimes de la destruction de leur milieu de vie, de l’assimilation culturelle (si vous n’avez pas encore vu le film documentaire « Schooling the world », de Carol Black, il est urgent de le faire ;-), de génocides, de l’appropriation des terres…

Élargissons encore un peu le zoom : 860 millions de personnes dans le monde sont dans un état d’extrême pauvreté (moins de 1,90$ par jour) pour vivre, dont l’immense majorité est sous-alimentée… Dans notre monde, en 2022, 25 000 personnes meurent de faim par jour, dont 10 000 enfants (soit un toutes les 8 secondes)… La moitié de la population mondiale vit avec moins de 5$ par jour (135€ par mois). Ça picote. C’est plus un anthropocide qu’un anthropocène… Respiration.

Alors il me paraît très injuste de faire porter le chapeau à Sapiens dans son ensemble – c’est tout simplement inexact. Il ne s’agit pas d’un anthropocène, mais plutôt d’un civilisation-cène (par exemple) – qui désignerait la partie des Sapiens qui fait partie de cette civilisation destructrice qui a déployé toutes ses forces depuis la révolution industrielle (et en écrivant ça je suis conscient que les racines de cette civilisation sont apparues bien avant). C’est super confortable de dire et penser que Sapiens est responsable de tout ça – dans « Sapiens », il y a tout le monde, absolument tout le monde – la responsabilité est diluée, voire effacée. C’est un problème d’espèce, point-barre, fin de la discussion.

Non. Sapiens dans son ensemble n’est pas responsable de tout ça – le terme anthropocène est clairement inapproprié. J’ai pris conscience que la biodiversité humaine aussi était massacrée par cette civilisation – ce n’est pas super confortable, mais c’est une réalité. Dorénavant je boycotte ce terme « anthropocène ». Merci à toi Sabah pour cette ouverture, ce cadeau.

Pour aller plus loin :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *