Déclaration d’interdépendance

Moi, Citoyen de la Terre, je suis pleinement conscient de faire partie intégrante de la nature, du vivant, de l’environnement. Même si je suis dans l’incapacité intellectuelle de définir tous les liens qui m’unissent au vivant, je constate ma totale interdépendance avec tout ce qui est. L’air que je respire est respiré par une infinité d’autres êtres vivants ; cet air doit lui-même son existence et ses propriétés à une infinité de contributeurs vivants, notamment végétaux. Il en est de même pour l’eau que je bois, la nourriture que je mange.

Moi, Citoyen de la Terre, je suis conscient de l’héritage de mes ancêtres ; que si l’un(e) d’entre eux(elles) n’avait pas fait les choix qu’il(elle) a fait(e)s, mon existence même aurait pu être remise en cause. Je sais aussi que sans l’action du(de la) maraîcher(ère) qui fait pousser les légumes que je mange, sans l’attention de l’infirmier(ère) qui m’a prodigué des soins, sans les talents de l’écrivain(e), sans le génie de réalisateurs(trices), musicien(ne)s, photographe, ma vie serait très différente. Sans que je sache décrire tous les liens qui nous unissent, je suis conscient de mon interdépendance avec les humains, quels que soient leur sexe, leur couleur de peau, leurs croyances ou religions, leur orientation sexuelle, leur âge, leur niveau d’études, leurs capacités physiques ou intellectuelles. Je suis conscient de l’héritage de mes propres ancêtres, mais aussi de l’héritage des ancêtres des autres humains qui m’impacte aussi, directement, au quotidien.

Moi, Citoyen de la Terre, quand je lève la tête vers le ciel, je vois le soleil qui permet la vie sur Terre ; je vois la lune qui influence directement le vivant par ses cycles dont le plus visible créé les marées. Je vois les étoiles – cent milliards de soleils dans notre seule galaxie, et 100 milliards de galaxies comme la nôtre dans l’univers observable. Même si je suis dans l’incapacité intellectuelle de comprendre la composition de l’univers et les interactions de ses composants, je sais que nous avons la totalité de cet univers en commun. Chaque être vivant sur Terre partage la totalité de l’univers, en plus de partager le même air, la même eau, les mêmes animaux, végétaux, minéraux. Nous avons l’infini en commun. Et pour les humains, nous avons même encore plus en commun : nous partageons les mêmes émotions, les mêmes sentiments, les mêmes besoins.

Moi, Citoyen de la Terre, je constate que même en ayant l’infini en commun, nous sommes tous différents. Il n’y a pas 2 humains identiques, 2 arbres identiques ou 2 fourmis identiques. Sans que je sache expliquer pourquoi, je constate que la beauté et l’harmonie proviennent de ces différences ; si les membres d’un orchestre jouaient la même partition avec le même instrument, la musique serait infiniment moins riche. Sans que je sache vraiment expliquer pourquoi, je sais que la diversité est une condition à la vie elle-même, un cadeau de l’univers.

Moi, Citoyen de la Terre, je suis conscient que je ne peux agir sans interagir, c’est à dire que chacune de mes actions, y compris la plus insignifiante, va avoir un impact sur le reste du vivant, même si je suis en totale incapacité à décrire cet impact. De même que ma vie est influencée par tout l’héritage de nos ancêtres, je suis conscient d’influencer tout le vivant, et que je laisse ceci en héritage à toutes les générations futures de toutes les espèces. Tout ceci est pour moi un fait, une évidence.

Moi, Citoyen de la Terre, j’existe. Je revendique la liberté et la pleine responsabilité de chacun de mes actes, chacune de mes paroles, de mes pensées, de mes émotions.

Je revendique ma différence. Je revendique mon droit à l’erreur due à l’infinité de mon ignorance.

Je célèbre le vivant dans son ensemble, et revendique le droit inaliénable de prendre soin de tout ce qui contribue à la vie et à son harmonie. Ce droit fondamental constitue mon engagement, mon chemin. C’est non seulement mon propre intérêt, mais aussi la seule alternative sensée à laquelle je puisse songer à ce jour.

Du bon usage des crises (Christiane Singer)

J’ai entendu ce texte hier soir, et il m’a bien parlé – aussi je le partage !

« Du bon usage des crises.

Ne soyons pas si mesquins, et disons du bon usage des crises, catastrophes, drames, naufrage divers. J’ai gagné la certitude, en cours de route, que les catastrophes sont là pour nous éviter le pire. Et le pire, comment pourrais-je exprimer ce qu’est le pire ? Le pire, c’est bel et bien d’avoir traversé la vie sans naufrages, d’être resté à la surface des choses, d’avoir dansé au bal des ombres, d’avoir pataugé dans ce marécage des on-dit, des apparences, de n’avoir jamais été précipité dans une autre dimension.

Les crises, dans la société où nous vivons, sont vraiment ce qu’on a trouvé de mieux, à défaut de maître, quand on n’en a pas à portée de la main, pour entrer dans l’autre dimension. Dans notre société, toute l’ambition, toute la concentration est de nous détourner, de détourner notre attention de tout ce qui est important. Un systèmes de fils barbelés, d’interdits pour ne pas avoir accès à notre profondeur.

C’est une immense conspiration, la plus gigantesque conspiration d’une civilisation contre l’âme, contre l’esprit. Dans une société où tout est barré, où les chemins ne sont pas indiqués pour entrer dans la profondeur, il n’y a que la crise pour pouvoir briser ces murs autour de nous. La crise, qui sert en quelque sorte de bélier pour enfoncer les portes de ces forteresses où nous nous tenons murés, avec tout l’arsenal de notre personnalité, tout ce que nous croyons être… »

Christiane Singer

Finlande 2004 – premier collapse

Je crois que je peux maintenant raconter cette histoire ; il y a prescription. Il y aura probablement des inexactitudes et imprécisions sur le contenu – je ne me souviens plus vraiment des détails, mais ce n’est pas très important pour l’histoire globale. Début 2004, je suis encore ingénieur en sécurité informatique ; j’intègre une équipe Européenne fraîchement créée afin de soutenir les différentes équipes locales et de promouvoir les nouveaux produit de l’entreprise.

Quelques jours après la prise de cette nouvelle fonction, mon boss m’appelle et me dit : « Il faut que tu ailles en Finlande, nous sommes convoqués pour une rencontre ». Une rencontre de quoi ? Avec qui ? Pour quoi ? Nous n’avons pas de réponse. « Ils veulent quelqu’un de chez nous, mais pas du bureau local ; je n’ai pas plus de détails, mais c’est important ». Me voici parti pour Helsinki, sans plus d’information.

J’arrive sur place, dans un petit centre de conférences. Il y a un policier à l’entrée (bizarre) ; mon nom est sur la liste, je rentre et je cherche des visages connus. Il y a une ou 2 personnes en uniforme sans que je puisse vraiment savoir de quel uniforme il s’agit. Les gars de l’équipe locale ne sont pas là, et il n’y a pas non plus de partenaires que j’avais pu rentrer à d’autres occasions. La réunion d’introduction commence, nous sommes environ 50-60 personnes dans une salle.

Le premier intervenant est un homme qui représente le gouvernement. Il commence : « Il y a 3 semaines, la Finlande a perdu Internet pendant 7 heures, suite à un accident sur un câble sous-marin. Pour des raisons qui ne sont pas encore complètement claires, le réseau a dysfonctionné en local. Nous nous sommes rendus compte que pendant ce laps de temps nous avons perdu beaucoup de choses : distributeurs d’argent HS, communications fortement perturbées pour les services vitaux telles que les pompiers, la police, les services de soin ; les réapprovisionnements automatiques des supermarchés étaient HS, idem pour les communications inter-bancaires. Ça n’a duré que 7 heures, mais pendant 7 heures, une bonne partie du pays était paralysé. Ceci était dû à un accident, mais nous aimerions explorer avec vous à la fois d’autres possibilités, notamment de cyber-attaques, et voir comment on peut se prémunir de ça au mieux. Nous allons pendant la journée échanger en sous-groupes sur le sujet ; il y a ici des représentants de différents organes et entreprises vitales du pays qui feront partie des groupes ; vous tournerez dans ces groupes. »

L’atmosphère était surréaliste ; pour la première fois, je réalisais qu’un pays entier pouvait se retrouver en grande difficulté à cause d’un incident mineur : nous ne parlions pas d’un bombardement ou d’une épidémie : juste de tuyaux (numériques) qui ne faisaient plus leur job. Pour la première fois, je prenais conscience de la fragilité de nos sociétés hyper connectées ; je prenais conscience qu’Internet n’était pas seulement un truc cool pour échanger des messages, s’informer, se divertir ou acheter des trucs assis bien confortablement dans son canapé. Non ; Internet est aussi utilisé comme support de base pour des communications plutôt vitales pour un pays.

Est-ce réellement différent aujourd’hui ? Je ne le crois pas, même si je ne suis plus du tout à jour sur le sujet. A l’époque, je me souviens avoir fait la liste des données critiques qui passaient par le Net (via des canaux chiffrés) d’après les projets chez nos différents clients (grandes entreprises privées, entreprises publiques, administrations). Et ça ne m’a pas fait rigoler du tout. Et maintenant ? Juste pour prendre un seul exemple : la voix sur IP (téléphonie intégrée à l’informatique et transportée par Internet), c’est super… sauf quand il n’y a plus d’IP. Hors, aujourd’hui en France, Orange n’installe plus de nouvelles lignes téléphoniques classiques ; si vous voulez le téléphone, vous aurez une box connectée à Internet. Et du coup, s’il y a une panne de courant, vous n’avez plus de téléphone. Les normes ERP (Établissement Recevant du Public) imposent en conséquence un onduleur (système de secours électrique) pour la box, afin de pouvoir appeler les secours même en cas de panne électrique. Plus d’internet = plus de téléphone ?

Avec le recul, je me rends compte que cette expérience était ma première expérience d’effondrement, une des nombreuses pièces du puzzle qui se sont brutalement assemblées début 2018. Il y a des milliers de choses très cool dans nos sociétés modernes et ses progrès technologiques ; mes parents et mes frères ne seraient sans doute plus là sans la médecine moderne. Mais ceci a été fait dans une course effrénée qui nous a fait perdre de vue l’extrême fragilité que nous étions en train de créer… Fin du chapitre 1.

Un atelier du nous

La gouvernance partagée ? Intelligence collective ? Super en théorie, et la théorie est plutôt très fournie. Au quotidien, par contre, c’est une autre paire de manches ! Entre fantasmes et réalité de l’expérience, il y a parfois tout un monde… Après 2 ans et demi de vie de groupe sur le projet de l’école démocratique, j’ai décidé de faire un AdN (Atelier du Nous) avec l’UdN (Université du Nous). Voici, en quelques mots, quelques pépites personnelles.

Les 3 manières de planter une gouvernance partagée

Je commence un peu par la fin, mais ça a été une prise de conscience forte pour moi (merci Guillaume pour cette pépite).

  • « vouloir tout décider, tous ensemble, tout le temps. » En intro, cette vidéo m’avait déjà mis la puce à l’oreille. Le fantasme, c’est qu’en gouvernance partagée, toutes les décisions sont collectives. A priori tout le monde est passé par là (y compris l’UdN), et nous n’échappons pas à cette règle. En réalité, ça ne fonctionne pas : les réunions sont surchargées et trop nombreuses, la réactivité devient très limitée, des aspects du projet sont paralysés. Il est fondamental de définir des périmètres de responsabilité, et que chacun (rôle ou cercle/commission) soit autonome dans son périmètre. C’est une évidence, vu comme ça, et il n’y a pas vraiment besoin de faire un stage de 4 jours pour comprendre ça, me direz-vous. Je n’avais pas l’impression de vivre au pays de Casimir, mais le constat est là : ce fantasme est tenace. Gouvernance partagée ne veut pas dire « tout est horizontal », loin de là. Ça veut même dire qu’il faut s’organiser et formaliser cette organisation, aussi lourd et rébarbatif que cela puisse paraître. Des outils peuvent aider (cf. ci-dessous).
  • « vouloir tout faire, tous ensemble, tout le temps ». Cela rejoint le point précédent, mais pas seulement. Là aussi le fantasme est tenace. Le groupe n’est pas forcément le bon endroit pour rédiger une proposition (même simple) ou retoucher en détail un document par exemple. Il y a même presque des interdits dans ce domaine : si vous voulez vraiment mettre du piment (très, très fort) dans le groupe, rédigez ensemble un document tel que les statuts de l’asso, ou bien le règlement intérieur, ou seulement une lettre d’info. Il est clair pour moi que la rédaction doit se faire à part (binôme au max), pour être ensuite validée en groupe ou sous-groupe selon les domaines de responsabilité. Et cela demande du lâcher-prise pour tout le monde (à la fois pour celui/celle qui fait le premier jet et qui va voir son travail modifié et aussi pour les relecteurs/trices qui vont parfois ne pas aimer le style ou la manière de présenter les choses). J’ai encore l’impression de défoncer une porte ouverte, mais en regardant bien, ce fantasme est bien présent.
  • « ne pas débriefer ». Une réunion de 3h vient de se terminer. Ou bien un entretien avec un(e) candidat(e). Beaucoup de choses se sont passées dans la dynamique de groupe, dans les relations, dans les processus respectés ou pas, dans le non-verbal, dans les ressentis. Prendre un temps (pas forcément long) pour prendre du recul et regarder la réunion vu de cerf-volant (l’avion est totalement has been ;-)) est vital. Que s’est il passé d’un point de vue « méta » (vue de haut) pendant cette réunion ? Nous sommes-nous éparpillés ? Ou au contraire est-ce que nous sommes allés trop loin sur un sujet ? Est-ce qu’un sujet a créé une tension particulière ? Est-ce que quelqu’un(e) a exprimé un malaise explicitement ou dans le non-verbal) pendant la réunion ou en tour de clôture ? Comment pourrons-nous dans le futur éviter tel ou tel écueil qui s’est produit ? Juste un tour de table (après une pause, ou bien au début de la réunion suivante) pour partager les prises de conscience, ressentis, questionnements est précieux pour le futur, voire indispensable.

Pour que le « nous » soit fort, il faut des « je » engagés.

Grosse pépite et grosse prise de conscience… Encore un fantasme qui était présent quelque part chez moi : une gouvernance partagée est un lieu de compromis, donc (et c’est bien là que ça commence à partir en sucette) je dois y aller mollo sur mes opinions et mettre de l’eau dans mon vin. Bon, je mets tout de suite de côté la forme : évidemment la CNV c’est cool, nous sommes tous d’accord, même si parfois (heu… souvent ?) le vivant est… vivant. Par contre sur le fond, ne pas dire ce que nous avons dans le ventre revient à plus ou moins long terme à saboter le projet (je n’aborde pas le fait qu’en agissant ainsi on se sabote aussi soi-même, j’essaie de rester sur le sujet du collectif ;-). Ne pas exprimer clairement (et parfois même fermement) et complètement une opinion, un ressenti, une opposition est clairement contre-productif. Au mieux, on ampute l’intelligence collective en privant le groupe de ce point de vue, et au pire ce non-dit ressortira plus tard (parfois après 2 ans de projet) sous forme d’une démission, ou d’un conflit douloureux. Le « nous » composé de personnes affirmées, conscientes de leur périmètre de responsabilité (faire la différence entre ce qui m’appartient et ce qui ne m’appartient pas), alignées (pensées-paroles-actions), prenant le risque de se dévoiler (y compris dans sa vulnérabilité) est un « nous » fort, solide, résilient. Donc il faut y aller, exprimer clairement ses désaccords, ses opinions : c’est au service du groupe, quoiqu’il arrive. Le temps amplifie les non-dits, et rarement en la faveur des acteurs et du groupe.

Le vivant est le guide

On peut prendre ça à plusieurs niveaux (bio-mimétisme (à 9min15 de cette vidéo, il y a une pépite sur l’éducation), méditations diverses, etc.), mais là le sujet est : « ce qui est vivant pour le projet ». A l’UdN ils parlent de « gestion par tensions » : on s’empare d’un problème lorsqu’il se pose réellement. Bon évidemment, il y a des limites (on ne s’inquiète pas des extincteurs que lorsque le feu est là), mais je constate qu’il y a un vraiment un équilibre à trouver entre l’anticipation et ce qui est vivant ici et maintenant. Concrètement, nous passons parfois beaucoup trop de temps à discuter de « ce qui pourrait se passer si » en entrant dans un arbre des scénarios impossible à explorer en totalité. Là aussi, un lâcher-prise est nécessaire : oui, nous avons fait, faisons et ferons des erreurs, et nous apprenons de ces erreurs ; des décisions prises peuvent (presque toujours) être modifiées par la suite ; l’environnement du projet change, et une bonne décision du moment peut devenir inadaptée quelques mois plus tard. La politique des petits pas (les 4 « P » : Plus Petit Pas Possible) peut être utile… Les 2 questions clé suivantes m’ont beaucoup parlé : « Is it good enough for now ? Is it safe enough to try ? » (est-ce que c’est suffisamment « bien » comme première étape ? Est-ce qu’on peut essayer sans trop de risques ?) : elles m’enlèvent beaucoup de pression et de prises de tête quand je prends le temps de me les poser. Parfois aussi, on a un super ordre du jour avec plein de trucs critiques et urgentes dedans, et ce qui est vivant sur le moment, c’est un autre sujet qui pointe le bout de son nez, de manière très claire. Faut-il le traiter maintenant ? L’effleurer ou bien plonger ? Créer un autre espace pour le traiter le plus rapidement possible ? Difficile équilibre entre « faire ce qui doit être fait » et « ce qui est vivant », qui entre d’ailleurs souvent aussi dans la catégorie « ce qui doit être fait ». Je pense notamment aux questions relationnelles (malaise dans le groupe ou chez un(e) participant) qui doivent être conscientisées et traitées d’une manière ou d’une autre.

Les célébrations

J’ai une tendance naturelle à regarder les problèmes (pour mieux les traiter) et à oublier de prendre le temps de célébrer ce que nous avons accompli. Et je suis bien le seul ;-). Prendre un temps (même court) pour célébrer une décision, une avancée, une étape, ça change tout. Ça permet de conscientiser les avancées, et d’ancrer de l’énergie de réussite, de remplir le réservoir « girafe » (en langage CNV). Quand le faisons-nous, collectivement ? Jamais (ou presque). Ce n’est pas le fait de ne pas le savoir (c’est un principe de base de la CNV) ; c’est juste un manque de discipline. Faut-il créer un gardien du kiff ? Un rôle « célébrations » ? Je ne sais pas, mais il y a clairement quelque chose à trouver. Dans le même registre, nous passons plus de temps à parler des problèmes relationnels (conflits ou autres) que des cadeaux relationnels ; et là, pendant ce stage, nous avons utilisé 2 outils. Le premier, ce sont les « Sou-Rires » : 3 petits coupons sont distribués à chaque participant(e), et on les utilise pour dire « merci » à quelqu’un : « merci pour m’avoir fait marrer avec ta blague », « merci pour cette danse partagée, je me suis senti soutenu », etc. Intéressant de noter ce que ça me fait d’en donner, d’en recevoir, d’en avoir plein, de ne plus en avoir… Le second, ce sont les Mwa-Zatwa : des petits coupons qu’on donne en notant une qualité, un talent qu’on reconnaît chez l’autre.

Je crois que je pourrai encore passer 2 heures à écrire sur le sujet… Mais je vais arrêter là. Un grand, grand merci aux participants de cet AdN, à Guillaume, Alain, Emmanuelle et Monkey et à Izariat !

Un Adn en 2 mots ? Une cocotte-minute de gouvernance partagée : en 3 jours, nous devons faire un projet collectivement et rendre un délivrable (apprendre par l’expérience). Un stage aux petits oignons avec des outils, du corporel, des rigolades, des situations inconfortables, des humains et plein d’autres qu’humains (merci les lamas). Chaudement recommandé.

Pour aller plus loin :

VIGI-Pouêt-Pouêt

Vigipirate a fêté ses 20 ans l’an dernier, en 2015. Vingt ans. Nous aurions pu souffler des bougies, faire une grande fête, mais non : rien. Et pour cause : 148 vies ont été enlevées par des terroristes en 2015.

Je pourrais dire « merci Vigipirate, car sans toi le nombre de victimes aurait pu être plus élevé ». Ou bien « je me sens rassuré de voir des militaires en armes un peu partout en France ». Mais non. Vraiment pas. Et voici pourquoi :

1/ Nous nous trompons de cible.

Je pleure chacune des victimes de ces attentats, y compris les rescapé(e)s, les familles et proches des victimes, et j’ai aussi souvent une pensée pour les témoins qui probablement mettrons des années à se remettre de ces événements. Ils font aussi partie des victimes de ces actes odieux, aveugles et symboliques.

Si l’objectif est de protéger les vies humaines, alors je crois que nous faisons fausse route, qu’il y a d’autres priorités.

Depuis 1972, il y a eu un peu moins de 500 décès liés au terrorisme sur le territoire Français (source : Global Terrorism Database). 500 décès en 44 ans. Chacune de ces victimes est une victime de trop, évidemment. Mais en 1 seule année en France, il y a entre 30 000 et 40 000 décès liés à des erreurs médicales, au bas mot. En 1 seule année en France, il y a plus de 3 300 morts par an dans les accidents de la route. En 1 seule année en France, il y a 73 000 décès liés au tabac. Pour ce dernier chiffre, nous pouvons nous dire qu’un fumeur choisit de fumer, et qu’une victime du terrorisme ne choisit rien. Je pourrais aussi parler des victimes de l’alcool et bien d’autres encore.

Alors si nous devions continuer de dépenser 1 million d’Euros par jour (coût estimé de Vigipirate) pour assurer la sécurité des Français, je ne suis pas sûr qu’il faille attribuer ce budget à faire défiler des militaires en armes en France. Nous pourrions verser cette somme aux hôpitaux pour leur donner plus de moyens. Ou bien envoyer le GIGN chez les dirigeants des grandes firmes de tabac ?  Ils/elles ont fait 100 millions de victimes au 20ème siècle (pour donner un repère, il y a eu 231 millions de victimes dans le monde dans les guerres au 20ème siècle)…

2/ Nous aidons les terroristes à propager la peur

La peur, la terreur sont des moyens pour les terroristes. Ils s’en servent pour atteindre leurs objectifs.

Alors à chaque fois que nous (collectivement) affichons un panneau, à chaque fois que nous mettons une barrière de protection, à chaque fois que nous diffusons un spot sonore rappelant la vigilance dans les espaces publics, à chaque fois que nous fermons une école aux parents, à chaque fois que nous organisons des exercices dans les crèches, écoles primaires, collèges, à chaque fois que nous mettons des hommes avec des armes de guerre dans les lieux publics, nous contribuons à propager la peur dans les esprits de chacun. Mécaniquement. Quotidiennement. Minutieusement.

Tout ceci est amplifié par l’impact des médias qui décrivent, montrent, analysent chaque microseconde d’un acte abominable. Nous contribuons tous à cela. Chacun de nous amplifie le phénomène de peur, de terreur, ne serait-ce qu’en choisissant d’écouter, de lire, de regarder des médias qui propagent la peur.

Quelle est l’efficacité réelle en terme de sécurité des personnes d’une barrière vauban posée devant la porte d’une crèche ? D’une affiche noire et rouge placardée sur une porte ? D’un exercice « prévention terrorisme » dans une école ? Franchement, existe-t’il l’ombre d’une étude sur l’efficacité réelle de telles mesures ? Par contre, l’impact psychologique de tout cela sur chacun d’entre nous, y compris sur nos enfants depuis le plus jeune âge, est certain. Nous ne pouvons pas passer une seule journée sans voir un panneau, entendre ou voir des journaux d’information, croiser des gens en armes. La peur est là, et c’est nous tous, collectivement, qui en sommes responsables. Cette peur est objectivement démesurée par rapport à la menace réelle (cf paragraphe précédent), mais nous l’entretenons activement. Nous devenons un rouage de la machine à propager la terreur, un maillon de la chaine terroriste.

3/ Nous aidons les terroristes à atteindre leurs objectifs

La terreur n’est qu’un moyen. Les objectifs sont autres : nous pourrions parler du califat, mais au fond, ce sont des valeurs et des modes de vie qui sont en jeu. Violence, terreur, injustice, arbitraire, inégalité, domination, restriction des libertés, isolement et soumission des individus sont des attributs des groupes terroristes des dernières décennies. Cela constitue leur mode de fonctionnement, celui qu’ils imposent à leurs membres et à ceux qui subissent leur présence sur le long terme, en Irak, Afghanistan, Syrie ou ailleurs. Voilà ce qui est en jeu.

Vigipirate n’étant apparemment pas suffisant pour assurer notre sécurité (!), L’État d’urgence a été décrété en France en Novembre 2015. Je ne peux que vous recommander la lecture d’un tout petit livre écrit par des des experts du droit public qui décrivent de manière très complète les enjeux et les effets de ce statut spécial en France (quelques exemples d’effets ici, ou bien là). Quand des militants écolos sont assignés à résidence sous couvert de l’état d’urgence sans possibilité de faire exercer leurs droits devant un tribunal, quand des citoyens sont délogés de chez eux par le RAID par erreur, quand des conversations privées (électroniques ou pas) sont enregistrées et conservées sans l’aval d’une autorité de justice, quand des rassemblements et manifestations sont interdits, quand des événements culturels sont annulés, alors nous contribuons à installer petit à petit les valeurs terroristes dans notre vie. Quand nous fermons une école aux parents, nous restreignons les libertés. Quand un vigile nous demande d’ouvrir notre sac à l’entrée d’un centre commercial, ou que nos e-mails sont systématiquement stockés pour être analysés, le respect de la vie privée recule.

Alors ils doivent bien rigoler, les terroristes. Un État dit « démocratique » qui propage leurs valeurs, qui impose à tout un peuple ce pour quoi ils luttent, ils n’en attendaient pas tant. A chaque fois que la liberté recule, le terroriste gagne. A chaque fois que l’injustice ou l’arbitraire frappe, le terroriste gagne. A chaque fois que la violence est utilisée, le terroriste gagne. A chaque fois que des divisions sont créées au sein d’un groupe de personnes ou d’un peuple entier, le terroriste gagne. Et nous contribuons à tout cela.

Alors quoi ?

Alors je n’ai pas peur. Je n’ai pas peur de vous, les terroristes, puisque j’ai 5 000 fois plus de chance de mourir suite à une erreur médicale en France. Je n’ai pas peur de vous, en tous cas 600 fois moins que de prendre ma voiture le matin.

Alors je refuse de véhiculer cette peur. J’enlèverai mon enfant de l’école le jour où l’exercice antiterroriste sera effectué ; mon fils aura bien le temps d’avoir peur, et il aura bien assez d’autres sujets à évacuer chez un(e) psy. L’alternative à la peur n’est pas la peur. L’alternative à la violence n’est pas la violence. L’alternative à l’arbitraire n’est pas l’arbitraire. Idem pour l’injustice, l’inégalité, la restriction des libertés. Aussi, je suis prêt à faire acte de désobéissance civile pour ne pas contribuer à véhiculer les valeurs des groupes terroristes. Et je suis prêt à aller devant un tribunal pour ça.

Alors j’écris cet article, juste pour dire que je ne suis pas d’accord avec Vigipirate et l’Etat d’urgence. Parce que j’ai le encore le droit de l’écrire, j’ai encore le droit de dire que je ne suis pas d’accord avec ces mesures nationales.

Alors je nous souhaite à tous, à toutes, d’avoir assez de force et de courage pour nous tourner vers la liberté, la tolérance, l’équité, la douceur, le dialogue, la confiance. C’est un boulot à plein temps, et un boulot pas facile 😉 !

Et BOUM !

Je suis une bombe. Pas une bombe sexuelle, ni la bombe de « c’est d’la bombe » ; cela me plairait beaucoup, mais… non. Je suis une bombe, une vraie.

Je suis connue de tous, et pourtant je ressens le besoin de prendre ma plume pour m’adresser directement à vous.

Je suis issue du cerveau de l’Homme, née de ses mains. Ma fonction est de pulvériser, broyer, brûler, souffler, déchiqueter, détruire, mutiler, tuer. J’agis avec une parfaite équité, hors de toute considération de sexe, d’âge, de religion, de couleur de peau, de culture, de croyances, de catégorie sociale, de handicap, d’opinion politique. Je frappe pères et mères, fils, filles, frères et sœurs, grands-parents, cousins et cousines, ami(e)s, conjoint(e)s, collègues, voisin(e)s, célébrités, inconnu(e)s. Je frappe directement les corps, mais aussi les familles, groupes sociaux, professionnels, religieux, politiques. Quand je frappe un village, c’est une région qui souffre. Quand je frappe une ville, c’est tout un pays qui est sous le choc. Quand je frappe une communauté, la douleur dépasse les frontières. Et quand je frappe un symbole, le monde entier est meurtri. Mes victimes ne sont pas seulement celles et ceux qui sont touchés dans leur chair. Pour chaque victime physiquement atteinte, ce sont des dizaines, des centaines, des milliers de personnes touchées et ce, quel que soit le lieu où je frappe, sur les cinq continents, dans chaque pays, quel que soit son régime politique, sa richesse. Évidemment, mes effets ne se limitent pas aux humains : je détruis tout ce qui est vivant (animaux, végétaux, etc.) et tout ce qui est matériel, toujours avec une parfaite équité.

J’existe sous de multiples formes : éparpillée au sol, ceinturée autour d’un corps humain, larguée d’un avion, embarquée dans une fusée, un obus ou une torpille, jetée manuellement, embarquée dans un véhicule ou même sur un robot. Je bénéficie d’une créativité débordante.

Sous ma forme la plus primitive, je suis artisanale, et je ne coûte que quelques dizaines de dollars. Sous une forme plus évoluée, je suis le fruit de la recherche scientifique, du travail de centaines d’ingénieurs, d’hommes et femmes qui construisent même des machines pour me fabriquer. Sous cette forme, je coûte beaucoup plus cher, jusqu’à plusieurs centaines de milliers de dollars pièce, et bénéficie pour mon financement d’une solidarité citoyenne sans faille. Sous ma forme ultime, atomique ou « H », je suis capable d’enlever la vie à plusieurs centaines de milliers de personnes en quelques secondes, détruisant toute vie et pulvérisant tout sur des dizaines de kilomètres carrés. Je suis d’ailleurs en capacité, à la seconde ou vous lisez ces lignes, d’éradiquer l’espèce humaine. Je coûte plusieurs centaines de millions d’euros pièce pour ma fabrication, et plusieurs milliards d’euros par an pour mon entretien. Même sous cette forme, je bénéficie d’un financement solidaire citoyen sans faille. Avouez que cette idée est particulièrement savoureuse.

Ma relation avec l’humain est assez compliquée : même si la fierté, la consternation, la douleur, la tristesse et la colère se côtoient dans nos interactions, c’est quand même l’injustice et le désir irrépressible de vengeance qui prédominent. Ma fonction pourrait séparer les humains en 3 grandes catégories : ceux qui me donnent vie, ceux qui m’utilisent, et mes victimes. Ceux qui m’utilisent ou me fabriquent ont le privilège de nommer mes victimes : ennemis, tyrans, infidèles, terroristes, innocents, civils, militaires. Notez tout de même que quelle que soit l’étiquette, j’agis encore avec une parfaite équité. Avec l’âge (j’existe depuis plusieurs siècles), je me rends compte que ces catégories n’ont qu’un intérêt ponctuel : peu à peu, et grâce aux sentiments d’injustice et au désir de vengeance, mes victimes d’aujourd’hui sont presque systématiquement mes utilisateurs de demain. Mes utilisateurs d’aujourd’hui sont mes victimes de demain. Quand à ceux qui me donnent vie… ils sont tour à tour aussi utilisateurs puis victimes. Je suis en quelque sorte un modèle un peu particulier de ce que vous appelez « économie circulaire ». Ceci explique sans doute mon succès toujours croissant, et l’attention particulière que chaque citoyen de pays « développé » me porte, en me finançant.

Je vous remercie donc, cher lecteur, chère lectrice, pour votre soutien. Sans vous, je n’existerai pas.

Votre générosité n’a d’égal que mon équité.

Je suis…

Je suis Charlie, évidemment, complètement.

Et je suis aussi musulman. Je suis aussi juif. Je suis bouddhiste, je suis hindouiste, je suis chrétien, je suis athée.

Je suis Irakien. Je suis Syrien. Je suis Lybien. Je suis Tunisien. Je suis Algérien. Je suis Malien. Je suis Serbe, je suis Croate. Je suis Français, et je suis aussi Rom.

Je suis Américain, je suis New-Yorkais. Je suis Israélien. Je suis Palestinien. Je suis Afghan. Je suis Vietnamien. Je suis Cambodgien. Je suis Japonais. Je suis Chinois. Je suis Russe. Je suis Tchétchène.

Je suis policier et gendarme. Et je suis Rémi Fraisse.

Je sens une partie de chacun en moi. Je sens une partie de moi en chacun.

Y a t’il vraiment une différence entre toutes ces victimes ? Toutes sont victimes de la barbarie, de la violence, de l’intolérance, de la haine, du « J’ai raison et tu as tort ».

Partout, les guerres, les violences se nourrissent elles-mêmes, depuis des millénaires.

Pourquoi ? Pour quoi ?

N’y a-t-il pas une autre voie ?

Elle n’est pas tracée. Elle sort du connu. Elle est à inventer, à créer. Nous avons cette capacité. Nous avons un choix à faire. Chacun. Maintenant.

« La paix commence avec la confiance ; la guerre commence avec la peur » (Satish Kumar)

« Il n’y a pas de chemin vers la paix ; la paix est le chemin » (Thich Nhat Hanh)

Bye-bye Père Noël

Cher Père Noël,

Je reprends la plume pour t’écrire, après toutes ces années. Étant enfant, je t’écrivais comme beaucoup d’autres pour te dresser une liste de cadeaux, et j’attendais patiemment le jour de Noël pour aller découvrir tes cadeaux sous le sapin. Avais-tu bien reçu mon courrier ? Avais-tu pu le déchiffrer ? Avais-tu pu trouver tous les jouets dans ton pays si lointain et si froid ? Avais-tu pu passer par la cheminée alors qu’il y avait du feu ? Beaucoup d’excitation, mais aussi beaucoup de questions pour un enfant.

Tu as donc reçu quelques courriers de ma part, il y a bien longtemps. En voici un nouveau, ici et maintenant : ceci est une lettre de licenciement. Père Noël, je vous annonce (je passe au vouvoiement, indispensable pour marquer notre nouvelle distance) par la présente que vous êtes licencié, et ce, pour fautes multiples.

Premièrement, vous avez complètement bidonné votre CV. Vous dites avoir des siècles et des siècles d’expérience, mais en vérité, vous n’êtes arrivé en France qu’après-guerre, avec le plan Marshall et Coca-Cola (voir ici et là par exemple). Vous avez ainsi piqué le poste du petit Saint Nicolas, qui avait une vraie ancienneté dans ce job : son activité est maintenant réduite à quelques régions du nord-est de la France ; c’est moche de piquer le job aux Anciens avec un CV bidonné. Heureusement, vous avez été démasqué par les derniers témoins qui vous ont vu arriver en France, même si depuis leurs repoussantes maisons de retraite ils continuent à vous donner un peu de travail, presque autant par pitié pour vous que pour garder un lien avec leurs petits-enfants. Vous dites être capables de passer par la cheminée, voler en traîneau et distribuer des jouets à tous les enfants du monde (et j’en passe), mais tout cela n’est que mensonges. La seule chose qui est vraie dans votre CV est que vous faites bosser des petits lutins pour vous : ces enfants de pays asiatiques qui bossent pour rien dans des conditions misérables pour fabriquer vos jouets sont, eux, bien réels. Vilain bonhomme.

Je pourrais vous licencier juste pour cette raison ; mais malheureusement il y a plus grave : tous les jours, vous participez à un chantage immonde auprès des enfants : « Si tu n’es pas sage, le Père Noël ne t’apportera pas de cadeaux ». Vous arrivez avec votre CV tout bidonné, et vous vous permettez de faire du chantage aux enfants pleins de vie. Vous, idole des enfants, vous utilisez vos mensonges éhontés pour « dresser » les enfants. Et quel choc pour un enfant quant il découvre que les adultes (et pas n’importe lesquels, ceux qui sont censés le protéger et l’aider à grandir) lui ont menti pendant toutes ces années ! Un enfant qui découvre que pendant toutes ces années il a rangé sa chambre sous la menace d’un mensonge assumé ne peut qu’avoir les boules (de Noël, évidemment). Sans parler de la honte devant les copains quand l’enfant réalise qu’il est le dernier à croire au Père Noël, devenant ainsi pour quelques minutes (voire quelques années) l’idiot du village ? Ceci est tout simplement de la maltraitance psychologique, dont nous gardons tous une trace bien cachée : ne ressentons-nous pas un malaise (certes parfois presque imperceptible, grâce aux lourdes cuirasses que nous portons) lorsqu’on nous dit d’une voix forte avec un sourire en coin « Non, mais tu crois encore au Père Noël ? » ? Cela peut parfois même aller beaucoup plus loin : « Si tu ne te calmes pas, c’est le Père Fouettard qui viendra te voir à la place du Père Noël » ; étant entendu que bien souvent, le Père Fouettard est déjà là depuis bien longtemps (cf. l’excellent bouquin d’Olivier Maurel), et que les 2 personnages ne font qu’un. C’est pas joli-joli, Père Noël.

Troisièmement, vous pourrissez la planète avec cette escalade quantitative de jouets et cadeaux en tous genre. Dans un article du Monde daté du 24 décembre 2013, on peut lire : « […] la France est le deuxième plus gros consommateur de jouets en Europe (chaque année, 243 millions d’objets vendus, 270 Euros de dépense par enfant), dont certains ne sont pas même déballés avant d’atterrir dans les associations caritatives ou à la poubelle« . Je ne cherche même pas à savoir combien de kilomètres ont été parcourus par tous ces jouets, ou bien combien de pétrole a été nécessaire pour fabriquer ces objets. Si vous ne faisiez que pourrir la planète, encore, ça irait : si je devais licencier tous ceux qui pourrissent la planète, plus personne n’aurait d’emploi, moi y compris. Mais vous, en plus, vous mettez en danger nos enfants avec des objets de plus en plus toxiques… Non mais vous avez complètement craqué, Père Noël ? Je préfère croire qu’avec votre âge (pas si vieux que ça, tout de même), vous n’êtes même pas conscient de tout cela… C’est un des effets de l’hyperactivité : on ne prend pas le temps du recul.

A votre décharge, vous procurez beaucoup de plaisir aux parents, qui se font une joie d’être  solidaires face à la foule des jours d’affluence dans les magasins. Après l’angoisse d’avoir réalisé que le cadeau pour tonton Jacques avait été oublié, quel bonheur de constater qu’au moins, on n’est pas le seul / la seule à avoir oublié un cadeau obligatoire, alors qu’on se trouve dans la queue à la caisse du grand magasin, le dimanche, seule journée de repos après une semaine harassante. Cette bousculade dans les rayons et jusque dans la rue, ce « cul à cul » dans les bouchons du 24 Décembre, quels moments de convivialité partagée ! A votre décharge aussi, vous participez très activement au PIB de notre pays : à court terme avec l’achat de jouets, leurs multiples transports, puis, peu après, avec leur traitement en déchetterie ; à plus long terme : traitements médicaux suite aux intoxications multiples, séances de psy pour parler du mensonge, dans le meilleur des cas. Vous faites preuve d’une imagination sans limite : cela fait partie de vos qualités.

J’ai mis plusieurs décennies à vous découvrir, à peser le pour et le contre, mais ma décision est prise : vous êtes viré. Dorénavant, je me passerai de vos services : ouste, je ne veux plus vous voir chez moi. Je garderai les moments de convivialité de chaque fin d’année, mais sans vous. Une convivialité simple, autour d’un feu de bois si possible (il faut bien balancer un peu de CO² dans l’atmosphère, quand même), mais sans sapin (je le laisse dans sa forêt pour absorber le CO² de mon feu de bois) et sans guirlandes, sans repas où on se fait exploser la panse dans un concours de mets qui ont tous moins de sens les uns que les autres. Éventuellement, avec la famille proche, nous tirerons au sort un cadeau circulaire (chacun fait un seul cadeau et ne reçoit qu’un seul cadeau, et l’attribution se fait au tirage au sort), cadeau qui ne devra pas dépasser un montant pré-défini. Un poème, une lettre qui vient du cœur, un dessin, un objet fabriqué par la personne spécialement pour cette occasion, un plat cuisiné avec amour, tout cela peut se faire sans toi, Père Noël. Je reprends le tutoiement pour te dire « bye-bye ». Sans regret.